Uber se retire du Nigeria et réduit sa présence en Afrique
Uber a annoncé le 2 septembre la fin de ses opérations au Nigeria et son retrait de l'Ouganda, après avoir quitté la Tanzanie en janvier et la Côte d'Ivoire en septembre 2025. L'entreprise n'est plus présente que dans quatre pays africains : Égypte, Ghana, Kenya et Afrique du Sud.
Une décision annoncée en septembre
Uber a informé ses clients, le 2 septembre, de sa décision de cesser ses activités au Nigeria. L'entreprise a justifié ce choix par une revue approfondie de son activité. Au même moment, elle a confirmé son départ d'Ouganda, après dix ans de présence dans ce pays.
Ce retrait s'inscrit dans une série plus large. Uber avait déjà quitté la Tanzanie en janvier, puis la Côte d'Ivoire en septembre 2025. L'entreprise affirme vouloir rester engagée en Afrique subsaharienne, où elle dit observer une croissance et des opportunités solides. Dans les faits, elle n'opère plus que dans quatre pays du continent : l'Égypte, le Ghana, le Kenya et l'Afrique du Sud.
L'équation économique du VTC
« Ikemesit Effiong, associé au cabinet de conseil SBM Intelligence, estime que de nombreux Nigérians sont sortis de la classe moyenne sous l'effet de la situation économique de la dernière décennie, ce qui a réduit le marché adressable d'Uber. »
Le modèle d'Uber repose sur un équilibre difficile. Les tarifs doivent rester accessibles à une clientèle à faibles revenus, tout en permettant aux chauffeurs de vivre de leur activité et à la plateforme de dégager une marge. La hausse des prix des carburants a rendu cet exercice plus complexe.
Au Nigeria, la suppression des subventions sur les carburants en 2023 a fait grimper presque du jour au lendemain le coût de l'essence et du gazole, multiplié par trois. Les perturbations de l'approvisionnement mondial en pétrole, après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran, ont encore renchéri ces coûts cette année, avec un report sur les tarifs payés par les passagers.
Ikemesit Effiong, associé au cabinet de conseil SBM Intelligence, estime que de nombreux Nigérians sont sortis de la classe moyenne sous l'effet de la situation économique de la dernière décennie, ce qui a réduit le marché adressable d'Uber. « Ceux qui cherchent à conserver leur statut de classe moyenne ont dû ajuster leur comportement de consommation », explique-t-il. « Une grande partie des dépenses potentielles des ménages considérées comme discrétionnaires a été fortement réduite, contrainte, voire totalement supprimée. »
Il ajoute que la dépréciation du naira, qui a perdu environ deux tiers de sa valeur face au dollar depuis 2023, a aggravé la situation, une part importante des coûts d'Uber étant libellée en dollars. « Les calculs ne tenaient plus. »
Une concurrence qui s'adapte mieux au marché local
Fondée en 2009 et soutenue massivement par le capital-risque, Uber s'est déployée rapidement dans le monde. Sa formule, associant tarifs bas et commande simplifiée, a rencontré un large succès. Ce succès a toutefois suscité des imitateurs.
La commission prélevée par Uber sur ses chauffeurs, généralement 25 % du prix payé par le passager, a fragilisé sa position face à des concurrents proposant des modèles proches mais laissant une part plus importante aux conducteurs. Bolt, principal rival d'Uber au Nigeria et basé en Estonie, prélève habituellement une commission de l'ordre de 15 à 20 %. Les chauffeurs indépendants, qui travaillent souvent pour plusieurs plateformes, avaient donc intérêt à se détourner d'Uber.
L'annonce du départ d'Uber du Nigeria, avec effet immédiat, a pu surprendre, mais elle ne constitue pas une véritable rupture pour beaucoup d'anciens chauffeurs et usagers. L'entreprise n'a jamais publié de chiffres de fréquentation, mais il apparaît clairement que le pic de son activité au Nigeria était dépassé depuis longtemps. Ces dernières années, elle a perdu une part importante de son marché au profit de Bolt, de la société d'origine russe inDrive et de nombreux acteurs locaux, dont LagRide et la plateforme de transport partagé Shuttlers. La société d'analyse Sensor Tower indique qu'Uber comptait 500 000 utilisateurs actifs au Nigeria en décembre 2025, contre 3,3 millions pour Bolt.
Des compromis que Bolt a acceptés
Les concurrents d'Uber ne sont pas à l'abri de la hausse des carburants et doivent affronter le même équilibre économique. Bolt, présent dans neuf pays africains, a toutefois adopté une approche plus souple face aux réalités du marché nigérian. « Bolt a pu faire au Nigeria des compromis qu'Uber n'était tout simplement pas prêt à accepter », souligne Ikemesit Effiong.
Il rappelle qu'Uber imposait des normes strictes sur les véhicules autorisés sur sa plateforme et incitait les chauffeurs à souscrire une assurance tous risques. Bolt, à l'inverse, accepte des véhicules plus anciens et même des tricycles motorisés, appelés kekes dans certaines régions du Nigeria. Ces compromis ont « un coût » pour la réputation de Bolt, reconnaît Ikemesit Effiong, mais cette capacité d'adaptation a permis à l'entreprise de toucher un marché plus large que la classe moyenne en repli à laquelle Uber s'adressait.
L'un des atouts d'Uber sur de nombreux marchés est de supprimer la négociation entre chauffeurs et passagers. Ikemesit Effiong doute toutefois que ce modèle ait jamais convenu au Nigeria, un marché « défini par la négociation des prix ». Il observe qu'en pratique, les chauffeurs Uber s'entendaient souvent directement avec les clients, contournant la plateforme et la privant de revenus. Il ajoute qu'inDrive a été « le plus grand perturbateur du marché » ces dernières années, grâce à son innovation permettant aux passagers et aux chauffeurs de négocier le tarif via la plateforme.
Un repositionnement vers les marchés les plus rentables
Uber est désormais cotée en bourse et privilégie la rentabilité à la conquête de parts de marché. Plutôt que d'absorber les difficultés propres à des marchés comme le Nigeria ou l'Ouganda, l'entreprise semble réorienter son activité vers les pays où elle peut maximiser ses rendements. Elle mise notamment sur le déploiement de robotaxis, une innovation qui évite d'avoir à partager les profits avec des chauffeurs humains.
Le départ d'Uber du Nigeria ne signifie pas pour autant la fin du transport à la demande. Les rivaux qui ont davantage adapté leur modèle aux besoins locaux pourraient être mieux placés pour réussir. L'Afrique compte des mégapoles en croissance rapide, où l'accès à la voiture reste difficile pour une large part de la population et où les transports publics sont inexistants ou inadaptés pour la majorité. D'autres offres de mobilité numérique, plus attentives aux réalités du marché local, pourraient trouver la voie d'un succès qu'Uber n'a pas su atteindre.

